INTRUSION

Voici  un conte, une parabole… Ces lignes sont sorties  de mon cœur, de mes tripes, dans un moment d’intense souffrance un jour d’automne 2012. Elles vous sont dédiées. 

J’espère qu’ils toucheront les cœurs des Eve et des Anna et qu’elles seront délivrées de leur blessures ou de leurs démons,  transportées dans le cœur de compassion de Jésus, le sauveur et le libérateur.

Que celles qui ont des oreilles pour entendre entendent !

 Un mot d’encouragement à toutes les femmes qui ont souffert, qui souffrent et souffriront. Un mot de réconfort à toutes celles qui cherchent un réconfort…. pas la condamnation…

INTRUSION

EVE reposait dans une chambre d’hôpital, loin des clameurs… Quelques jours plus tôt, on l’avait trouvée exsangue, inanimée à la sortie de l’Eglise où elle se rendait régulièrement pour prier.

Les chirurgiens avaient fait le nécessaire et l’avait sauvée. Son cœur couturé et mis sous surveillance avait retrouvé un rythme régulier et sur son torse, une fente en zigzag encore douloureuse témoignait de la bataille…

En cette nuit de NoËL, veillée par l’infirmière de garde dont le bureau était tout proche, elle reprenait vie désormais, alimentée par un réseau délicat de perfusions… Un sédatif lui assurait une nuit paisible et sans rêves…

Loin, très loin, les visages des êtres qu’elle avait aimés et perdus se dissolvaient dans l’obscurité blanchâtre du drap tiré avec soin autour de son corps.

ANNA  avait décidée qu’elle ferait quelque chose d’exceptionnel aujourd’hui. Après tout, en interne fraîchement débarquée dans le service, elle se devait d’agir, de faire son devoir et de passer de chambre en chambre pour vérifier que tout allait bien… Un excès de zèle, même au risque de troubler le sommeil des patients ne lui ferait pas de mal…

Elle poussa la porte et sur la pointe des pieds avança jusqu’au petit lit.

Il fallait qu’elle agisse  pour cette femme, qu’elle vérifie l’état de sa blessure, le degré de sa guérison ou la dégradation de son état.

Oui, il lui fallait agir à tout prix… Elle se le devait à elle –même et à Dieu…

La poitrine de la miraculée se souleva et un léger souffle mêlé à un gémissement franchit ses lèvres quand Anna écarta la chemise empesée pour examiner la blessure…

Le doigt ganté de latex effleura d’abord l’énorme cicatrice rose vif puis insista, creusant au point sensible…

La douleur pénétra et fouilla EVE. Dans un sursaut de frayeur, de colère et de dignité, les yeux écarquillés pour mieux percer le mystère de son agresseur, EVE entreprit de repousser l’intruse, rassemblant ses forces. Entravée par les tuyaux qui lui mangeaient les bras, trop faible encore, elle renonça vite…

« Seigneur viens à mon secours !»

Son poignet douloureux effleura un objet posé contre sa cuisse… La petite sonnette… Merci Jésus …. En grimaçant, elle pressa le bouton et attendit, priant pour sa délivrance.

Le rougeoiement intermittent de l’alarme imprégna les murs de la chambre. Anna  recula d’un pas et s’immobilisa. D’une voix froide et mielleuse, elle lança : « Oui, évidemment, c’est toujours un peu douloureux, quand on touche là où ça fait mal ! »….

Le cœur d’Eve faillit éclater sous la pression d’une autre douleur, encore plus familière…Les mots qui tuent, qui vous renversent alors que vous vous relevez à peine…

La silhouette de l’infirmière de garde se profila dans l’encadrement de la porte.

« Que se passe-t-il ici ? ».

L’autre battait déjà en retraite prétextant une « urgence »  à l’étage du dessous…

« Oh, elle est un peu énervée…. Il faudrait lui prescrire du 1 g au lieu de la dose habituelle…  …, on verra ça demain, rien ne presse….  ».

L’infirmière s’approcha, alluma la veilleuse et entreprit de rajuster la chemise d’Eve.

Elle lissa les draps, lui sourit et d’une main légère caressa son front froid et inondé de sueur.

“Allez, bonne nuit ! Dans quelques semaines, tout cela ne sera plus qu’un mauvais rêve… Et surtout, n’hésitez pas à appeler si vous avez encore besoin… »

Dans un soupir, Eve répondit : MERCI.

Et plongeant dans le sommeil, délivrée de la peur, elle rêva de l’enfant Dieu.

Quelques jours plus tard, on découvrit que l’interne « qui faisait du zèle » n’en était pas à son premier coup d’essai. Elle prenait un malin plaisir à rouvrir les blessures franchement pansées dans l’espoir que ses talents de guérisseuse seraient reconnus.

Le grand PATRON lui-même, averti par les infirmières indignées la convoqua et lui signifia, vibrant d’indignation, son congé de l’hôpital.

Anna gagna la Papouasie et servit dans un dispensaire isolé où elle était seule maîtresse à bord désormais…

Rien ni personne, surtout pas UN GRAND PATRON ne la détournerait désormais de sa mission : raviver la douleur des autres….

La Jeannie, Savoie, le 8 octobre 2012

Proverbes 17/17 : L’ami aime en tout temps et dans le malheur il se montre un frère.

“Ainsi parle l’Eternel : ta blessure est grave, ta plaie est douloureuse. Nul ne défend ta cause, pour bander ta plaie ; tu n’as ni remède, ni moyen de guérison. […] Mais Je te guérirai, Je panserai tes plaies, dit l’Eternel.” (Jérémie 30:12-17)

COMPASSION : Conscience profonde de la souffrance de l’autre, couplé avec le désir de la soulager.

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